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 W. Ragnar Stone

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GAUTIER
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Messages : 218
Date d'inscription : 14/08/2016

MessageSujet: W. Ragnar Stone   Dim 29 Avr - 22:57

ÂGE 18 ans
NATIONALITÉ Britannique
CLASSE B
GROUPE Pingouins
TRANSFORMATION EN BOOGEYMAN //

Quand la lumière s’éteint, vous pouvez apercevoir ses longues griffes en expansion de ses doigts squelettiques, comme une seule entité, ces rasoirs interminables qui menacent en se baladant au-dessus de votre tête. Vous ne le voyez jamais clairement, simplement l’ombre de sa silhouette projetée contre le mur ou son souffle rauque dans votre nuque alors que votre doigt frôle encore l’interrupteur. De panique, vous rallumez. Vous retournez.

Vous sursautez presque, soulagé de voir qu’il n’y a que ce garçon aux cheveux de neige qui vous dévisage, mais en même temps, vous ne comprenez pas. Quelque chose cloche. Vos dents se serrent de colère et vous voulez vous en prendre à ce gamin qui n’a pourtant rien fait, et dans une ultime expression de courage, vous éteignez de nouveau la lumière. Alors, il est revenu, attiré par les ténèbres et surtout incapable de vivre quand la lumière survient. Il vous toise de haut, cette silhouette fine et courbée d’au moins deux mètres dont les traits sont engloutis par les ombres. Il semble lui-même voilé par l’ombre, et le mieux que vous puissiez voir, ce sont ses gigantesques mains qui filent doucement vers vous.

Alors, comme n’importe qui, vous hurlez. Vous hurlez; et vos mains frappent l’interrupteur de panique, une fois, deux fois, merde, le revoilà, et une ultime fois, pour qu’enfin, ce garçon soit de nouveau face à vous.
“Tu vas bien ?” risque-t-il, bienveillant - mais c’est impossible, étant donné ce que vous venez de voir, et peut-être que vous n’irez plus jamais bien tant que la lumière sera éteinte.
“C’est toi, le monstre” articulez-vous dans un souffle, exténué par cet ascenceur émotionnel tandis que les rouages logiques se mettent en place, guidé par une courte réflexion et par ce réflexe si humain de rejeter la culpabilité du Mal de ce monde.
“Tu parles du Monstre. Oui, il me suit partout. Mais ne t’en fais pas, il ne m’a jamais fait de mal, il m’a juste rendu un peu fou. Voudrais-tu que je te le présente ?”

Effet : Quand le corps de Ragnar est dans le noir complet (et pas seulement de l'ombre, un noir assez sombre pour que l'on ne puisse pas voir dedans) il se transforme en boogeyman de façon automatique et instantanée. Étant donné cette condition si particulière d'activation, personne ne peut voir à quoi il ressemble et les gens ne peuvent distinguer que son ombre et sa silhouette.

Contrôle : Nul. Il ne peut ni se transformer à volonté ni refuser la transformation lorsqu'il est dans les ténèbres.

Contrecoups : Sous cette forme, il perd l'aptitude de la parole parce qu'il n'est pas habitué à la forme de sa mâchoire de monstre et lorsqu'il essaie, il éructe des sons plutôt effrayants. De plus, son cerveau est affecté : il perd la plupart de ses capacités de réflexion et ses sentiments sont mis de côté. Son esprit devient quasiment primitif.

Effets secondaires : Insomnies, paranoïa, etc. etc.

PHYSIQUE & CARACTÈRE // Quelle taille fait une araignée, Ragnar n’est pas certain de pouvoir le dire. Quel est la couleur du ciel, il prendra le temps de regarder, il lèvera toujours son regard morne pour apporter un temps de réflexion, lui qui semblait si intelligent, si préparé, si proche de la connaissance que tout père veut voir son enfant développer. On ne le comprend pas juste à son apparence atypique mais au travers de tout ce qu’il dégage - ce charisme étrange, ce regard un peu perdu et ces mains couvertes de cicatrices qu’il soigne pourtant si bien.
Comme beaucoup plus de jeunes que l’on pense, Ragnar est atteint de troubles obsessionnels compulsifs ; une pensée parasite s’est accrochée et le force à répéter un même chose en permanence, en permanence, en permanence… c’est comme un besoin nécessaire à sa respiration même, un besoin qui fait trembler ses mains et dérailler ses pensées lorsqu’elle n’est pas assouvie. C’est une drogue machinale, une part de lui et ça se lit à sa seule apparence qu’il n’est rien de plus qu’un jouet cassé au fil de son destin. Ragnar a les mains sales, couvertes de ces marques anciennes comme des sévisses profondes et malgré ça, il en prend tellement soin qu’il est impossible de s’imaginer qu’il se soit fait pareille blessure. Il colore ses ongles après les avoir parfaitement limé et les vérifie régulièrement comme une assurance contre tout problème.
Tout autour de lui semble tellement extravageant, irréel, comme un monde construit par des pensées nocives - tant et si bien qu’on ne peut détacher le vrai du faux. Son cerveau est prisonnier de cette tourmente interminable dont la sortie n’est pas même une option et il se demande, il se demande, chaque jour, ce qu’est sa propre réalité. Il caresse ses cheveux blancs pour vérifier leur consistance, s’arrache parfois une mèche pour en vérifier la couleur et être certain que tout a bien existé.
Ce ne sont pas des hallucinations.
Ce sont mes souvenirs et ça me fait tellement mal.
On a presque pitié, à force ; un garçon un peu frêle sur un mètre soixante-quinze de muscles légers, l’éducation sportive étant toute aussi obligatoire que son homonyme intellectuel. Quelques années de sport de défense pour se rendre imperméable à toute agression, durant lesquelles Ragnar ne brûlait pas par son génie - il est un peu au-dessus de la norme, et il est déconseillé aux combattants casu de lui chercher des noises. Au-delà de ça, il n’est pas vraiment impressionnant, bien au contraire. Une peau bien trop blanche, des yeux grisâtres à l’image de tout son corps - fade et exempte de ces couleurs synonymes de sentiments. Ragnar semble n’avoir presque jamais vu la lueur du jour, et pourtant, il prend soin de ne jamais quitter la lumière. Lorsque vous vous détendez, au milieu d’une fête ou avec des amis, lui demeure sur le qui-vive, imperturbable, et rien ne saurait l’écarter de ces pensées protectrices. Il garde toujours une lampe-torche sur lui quelles que soient les circonstances - avec son sac en bandoulière et son air piteux, on le pointe parfois du doigt, reconnait en lui le monstre ou le gamin paranoïaque. Ragnar s’en moque, bien trop enfermé dans sa bulle pour se rendre compte de ce que les moqueries représentent, de ce que ce monde lui reproche, de ce à côté de quoi il est passé. Il reste le même garçon qu’il a toujours été, travailleur mais bien plus relâché depuis que son père lui a fait comprendre qu’il n’était plus à la hauteur.
Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille papa, les cheveux blancs ou les ongles teintés ? Des puces, il en a vu tous les jours lui, dans cette petite pièce éclairée uniquement en son centre, murs sombres et si petite, des puces il en a écrasé, imaginé, il les a fuit, chassé, broyé entre ses doigts colorés et qui sait, peut-être pire que ça. On ne dirait pas, derrière cet air lunaire, qu’il a vécu tant de choses, après tout, tout allait si bien, il en était persuadé - mais cette magie suggestive s’atténue doucement, laissant paraître la douleur, la réalité de ces moments et la vérité telle qu’il l’avait vu et expérimenté. Il en garde sur le corps quelques cicatrices ci-et-là, pas de blessures irréversibles mais ce n’est pas pour autant qu’il ne les cache pas derrière des t-shirts un peu grands. Ragnar, il n’est pas forcément bon, pas nécessairement mauvais. C’était juste un gamin qui avait peur du noir et du monstre que les ombres recélaient. C’était un enfant qui, comme beaucoup, cherchait un peu de lui dans tout ce que son père lui avait dicté d’être. Ragnar n’est pas méchant mais sûrement dangereux - on ne sait jamais ce qu’il pense, s’il est même en mesure de le penser. Il semble toujours à cran, toujours méfiant, à l'affût d'un mal qu'il n'a pas vraiment éliminé et qui continue de le hanter indubitablement.
My Wonderland is shattered. It's dead to me.


Avant de devenir dingue, ça n’allait déjà pas fort pour William Ragnar Stone. Ce petit garçon n’avait pas demandé à naître dans une famille aisée, guidé par les ambitions d’un père pourtant absent. La vérité ne paraissait pas évidente pour un enfant mais William apprit la vérité un peu plus tard : il était une assurance, une roue de secours procréé en prévision du potentiel échec. Sa mère, une jeune étudiante qui était tombée folle amoureuse de ce riche quarantenaire, était assez naïve pour croire que ses sentiments purs atteignaient vraiment son partenaire.

Elle était une maîtresse mais elle s’en fichait. Elle devait rester invisible, dans le secret de sa propre existence pour ne pas ruiner celle de son amant, et elle n’en avait que faire. Tout lui convenait - et cette éducation stricte qu’il forçait sur cet enfant, la mère l’acceptait, comme un tribu, comme une réalité indubitable que ses caprices ne pourraient jamais changer. Tout lui convenait, alors au diable ce qui n’était pas correct, ce qu’on lui reprocherait, ce que chacun n’avait pas le courage de faire. Au diable le diable lui-même qui lui soufflait d’entièrement se donner, car elle le faisait déjà et elle s’accrochait de toutes ses forces à cet enfant pour lui transmettre sa propre identité, un peu d’elle, au milieu de ce qu’elle n’avait pas choisi de donner. Au début, lorsque l’éducation se poursuivait, aussi stricte que nonchalante, c’était sûrement le plus confortable pour cet enfant, mais lorsque un beau jour, alors qu’il n’avait que cinq ans, son père frappa à la porte.

C’était la première fois que William le rencontrait et il fut fasciné par la prestance de cet homme qui guidait toute son existence, et la leur d’une poigne de fer.
Pourtant, aujourd’hui, son père n’avait pas l’air content.

Lorsque William lui posa la question, un peu plus tard, il apprit de cette voix doucereuse, faussement douce, comme le crissement d’une lame, que son fils, son premier fils avait laissé tomber l’idée de l’héritage de la famille et qu’il ne lui restait que lui, William, que ce second enfant qu’il avait eu avec une autre femme au détour d’une envie, et qu’il acceptait de rendre héritier, car pour lui il avait tout abandonné ; il avait tout rompu, son mariage, mis fin à ses projets pour les rediriger vers ce gamin renfermé et un peu trop innocent. C’était la première fois qu’il le voyait, lui, le vrai, non pas ces professeurs sévères et impassibles qu’il pointait toujours du doigt en demandant à sa mère si “C’est lui, papa ?” alors que la réponse s’ancrait déjà dans sa tête, dans une certitude absolue. Quand il verrait son père, William le reconnaîtrait. Et William l’avait reconnu. Son père, lui aussi, le reconnaîtrait, et il l’avait reconnu, il l’avait désigné, il posait en lui ses attentes, son avenir, la certitude d’un héritier brillant car il n’avait certainement pas tout lâché sur un coup de tête, non, et il lui fallait comprendre, il lui fallait savoir ce qui avait ainsi fait perdre son fils aîné dans une mauvaise voie et l’avait ôté à ses devoirs. Il fallait lui ôter toute découverte et durant son enfance, William n’eut droit à aucun objet électronique, aucune distraction du même type que celles qui avaient détruit son aîné. William fut élevé parfaitement, élevé in vitro pour l’épurer de toute cette société tentatrice et ainsi éviter qu’il ne se noie dans toutes ces bêtises. Pour William, ce n’était pas vraiment dérangeant - on ne se plaint de son bonheur que lorsque l’on se rend compte qu’il y a mieux quelque part.

“Qu’est-ce que tu aimes ?” lui demanda son père, un jour - Mr. Stone avait suivi son fils de près, cette fois, et il était bien décidé à ne pas le laisser livré lui-même.
“Je ne sais pas trop. Il n'y a rien que j'aime vraiment particulièrement. Mais... il y a des choses que je n’aime pas. Des choses qui me font peur.”
“Comme quoi, par exemple ?” interrogea-t-il, presque véritablement soucieux.
“Du noir. Et du monstre sous mon lit.”

Quelque part, cette folie était peut-être héréditaire, après tout, quel genre de mère se soucierait assez peu de son enfant pour laisser son destin aux mains d’un homme cupide sans foi ? Mais elle, elle le voyait différemment. Pour un sourire, elle l’aurait laisssé tout faire, et cet enfant n’était jamais qu’un cadeau qu’il lui avait fait, la preuve de leur lien sur lequel il avait tout droit. Elle n’était qu’une étudiante rêveuse, charmée par la maturité d’un homme sans savoir toute la corruption qui s’y mêlait. Elle n’était qu’une enfant immature, sans parents, et elle avait toujours dû se débrouiller seule, surmonter les obstacles sans imaginer que l’un d’eux en viendrait à lui dicter la suite. Jamais, pas une fois elle ne se posa la question de savoir si les choses étaient bien ainsi et très vite, lorsque William fut candidat à l’héritage des Stone, les attentes de son père furent démultipliées.

Il n’était plus un remplaçant mais le titulaire légitime. Il n’était plus une assurance mais le personnage principal, la victime principale, la pâte à modeler - littéralement.
Ceux qui n’ont pas vécu dans un univers similaire ne peuvent sans doute pas comprendre le stress que tout cela incombe. William ne s’était jamais posé la question - il avait vaincu la peur de ce monstre et il travaillait chez lui, avec ces professeurs légèrement plus aimables comme s’ils avaient toujours su que William était capable de le faire, de surpasser son aîné. Les cours à domicile semblaient autrement plus appropriés à son niveau mais cette vérité changea lorsqu’il entra au collège en dernière année. Son père désirait l’habituer à l’atmosphère d’un milieu social pour l’année suivante mais il va sans dire que les cours proposés étaient déjà acquis par le jeune garçon. Bien loin de le conforter à l’idée de son entrée dans un lycée prestigieux l’an prochain, William se posa des questions. Le stress de la réussite le suivait partout, boule au ventre permanente et dévorant le calme qu’il s’efforçait de maintenir en même temps que des questions adolescentes. Il observait les autres avec un désir encore incompris, parfaitement conscient que son attirance pour les deux genres n’était pas courante.

Différent, bien trop effrayé à l’idée d’être pointé du doigt pour pouvoir souligner cette part de lui, il resta silencieux, solitaire, appréhendant le monde comme un gamin enfermé depuis toujours, un produit d’intelligence et de travail, un bébé élevé in vitro qui ne savait rien du monde. Il vit les téléphones, entendit les vulgarités, aperçut les amitiés. Pour lui, l’univers était une chose nouvelle mais son père n’en avait que faire, car pour Mr. Stone ce n’était pas le confort social mais la réussite qui l’importait, et l’argent pouvait bien acheter comme compenser tous ces doutes que William avait vis-à-vis des autres. Quelque part, cette folie était peut-être héréditaire, après tout, quel genre de père laisserait son enfant grandir ainsi, en proie aux doutes, dans un monde aussi cruel que tordu ?

L’académie Rainsworth était l’un des plus prestigieux établissements du pays. Il proposait le parcours scolaire du lycée de façon bien plus approfondi que dans des écoles normales et, pour ce faire, les bases demandées à l’arrivée étaient autrement plus élevées qu’en d’autres endroits. Pour beaucoup, c’était un passage très important avant la vie active et William le comprit très vite. Lorsqu’il commença les cours, il comprit que ce ne serait pas aussi facile qu’au collège ni qu’à domicile et il dût redoubler d’efforts. Sérieux et efficace, n’ayant jamais mis en doute cette politique de travail acharné, il était presque à l’aise avec son quotidien lorsqu’il revint.
Le Monstre, celui de son enfance.
Lorsque le noir survenait, lorsque la lumière s’éteignait, William voyait sa slhouette menacer au-dessus de lui, l’ombre reflété au-dessus de son lit. “Tu n’es plus un enfant” se disait-il, comme s’il n’avait plus le droit d’avoir peur et ce qui lui faisait plus peur encore, c’était le regard de son père si d’aventure il venait lui parler d’une chose aussi ridicule. Quand il y pense maintenant, William se dit qu’il y avait quelque chose, à l’époque, comme une explication à la fois rationnelle et à la fois totalement loufoque.
Une explication, maintenant embrumée par les souvenirs qui s’entassent et face à la situation actuelle, il intériorisait, il gardait tout ce malheur en lui et la salvation vint dans la découverte d’une passion que son père n’aurait pas approuvé si William ne l’avait pas convaincu avec ses résultats parfaits.

La photographie.

Très vite, elle occupa ses pensées et ses désirs en plus de ses mains avec ce polaroïd qu’il traînait partout, preuve unique de son autonomie. S’il appuyait sur le bouton, la photo s’imprimait ; de lui-même, il pouvait immortaliser les moindres moments, ses plus belles vues, ses souvenirs personnels. Sa vie se dessinait au rythme de ses prises, pas forcément bonnes, mais chaque option était bonne à prendre dans une école où la scolarité comptait plus que tout. Tout lui semble si simple, si réel avec cet appareil entre les mains, cette preuve indubitable, ce pouvoir immense et inarrêtable. William se sent revivre, se sent exister, William se sent être dans les cours de cette professeur et directrice du département.

Megan Boyo n’est pas la plus célèbre de tous, et d’ailleurs, elle est même plutôt discrète. Elle va même jusqu’à détester son propre nom et demande à ses élèves, et surtout à William, à vrai dire, de l’appeler « Mrs B ». Surtout à lui, parce que ce ne sont pas vraiment des cours : ils se font dans une petite salle située directement au-dessus de la chapelle reliée à l’école et les élèves font des activités de groupe. Comme William n’a pas d’amis et se retrouve souvent mis-à-l’écart, il discute avec l’enseignante de ce qu’il aime, de ce qu’il veut faire, de ce qu’il a toujours voulu faire. Leurs goûts sont similaires, complémentaires, mais Mrs. B semble ailleurs, comme amoureuse d’une beauté unique que William répugne à explorer. Lui ne veut que la découverte, la singularité ; William se moque des prix, de la réussite ou de son propre destin ; William veut simplement ressentir le présent et c’est avec ses photos qu’il y parvient.
Mrs B, elle, préfère les ambiances tiraillées et torturées, les expressions de douleur éphémères qu’elle créé de toute pièce. Mrs. B a des goûts singuliers, parfois effrayants et elle s’intéresse beaucoup à William parce qu’il semble prêt à exploser lorsqu’il est privé de son appareil et à nouveau en proie au stress.

Alors, Mrs B le voit, elle décide de le voir ; régulièrement. Ce n’est pas en classe, non, pas dans cette ambiance sérieuse et imposée, pas dans ce sanctuaire aux limites dessinées. Non, c’est chez elle, dans cette maison si poussiéreuse qu’elle en semble abandonnée, bien trop vieille et sombre pour une enseignante diplômée et ça l’avait dépité, ça avait attisé cette pitié qui le rend si faible et fébrile, en proie aux pires vices comme à cette naïveté qu’aucune connaissance ne saurait effacer. La première fois, Mrs B ne jouait que le rôle d’un professeur un peu conciliante, acceptant ce devoir en retard, persuadée que cette bonté lui apporterait une parfaite compensation et elle n’avait jamais été si proche de la vérité.
Car très vite, de professeur, Mrs B est passée à photographe.
Une photographe un peu trop obsédée par le modèle que William représentait.
C’est à ce moment que William comprend. Il comprend qui est Mrs B, il comprend ce qu’est Mrs B. Il comprend où il a mis les pieds, ce que cette enseignante va lui faire subir et surtout, qu’il ne comprendra plus grand chose dès qu’elle l’aura décidé. Il en est persuadé - et ce n’est pas par choix.

La suite, elle est sûrement difficile à comprendre pour des gens normaux. Encore plus difficile à comprendre que la difficulté de la situation de William, encore plus tordue car dans le cerveau d’un psychopathe ne demeurait que le désir intense et incompréhensible au sujet des autres qu’était son obsession.
William.
Son esprit est très vite bourré d’idées superposées, littéralement persuadé de vérités qu’il ne peut forcément comprendre mais qu’il sait réelles à présent que cette voix le lui répète. William revient ici, régulièrement, poussé par cette magie plus que par un désir réel de la revoir. William revient, sans vraiment le vouloir, subir le sévisse de cette rencontre nouvelle. Au début, Mrs B la faisait se tenir debout dans le salon pour qu’il rende compte de l’immensité de cet endroit délabré et au fil des jours, il connaissait le chemin de ce qui était qualifié comme leur endroit à eux. La cave, au milieu de laquelle était projetée une lumière au centre de laquelle il s’asseyait pour se voir habillé, maquillé, torturé, remodelé. Parfois en poupée, d’autres fois, ça n’avait rien à voir et William se souvient à peine de ces moments comme embrumés par la volonté d’oublier tout ça.

Il se souvient que tout était noir autour de lui, de ce noir qu’il détestait et dont il avait si peur ; il se souvient que cette lumière était la seule place libre de cet endroit sinistre. Sur les murs sombres, parfois, il distinguait la silhouette démesurée d’un insecte dont les mesures étaient déformées par les ombres ; milles-pattes, scarabées, araignées et il crut même voir passer quelques rats. Tant qu’il était dans la lumière, il s’en moquait. Tant qu’il n’avait pas à affronter le noir, ça lui était bien égal.
Le devoir en retard s’intitulait « Prendre la peur en flagrant d’élit » et c’était un projet personnel sans réelle notation. Dans tout ça, nul ne se doutait que William le ferait littéralement - qu’il prendrait cette griffe gigantesque, cette silhouette osseuse nouée dans le travail artistoique d’un jeu d’ombres parfait, cachant une terrifiante vérité. Pour pousser son contrôle, Mrs B insistait. Mrs B ancrait en lui cette vérité qui n’en était pas une, mais qui le devenait, comme toute chose, lorsque sa bouche intitulait ces mots enroulés dans une magie irrévocable.

« Le monstre existe. Il n’est pas en toi. Il n’est pas toi. Mais il t’attend, dans l’ombre il t’observe. »

Cette photo lui servait d’appui, de preuve, et s’ancrait comme la clé de voûte de toute une réflexion. Mrs B était là pour le protéger du monstre qui traînait dans les ombres, car il ne le laisserait jamais abîmer son précieux modèle. Mais William subissait, tout ce temps. William souffrait de ce qu’elle lui imposait, de ses conditions, de la réalité qu’elle dessinait.
Chaque jour était pire, nouveau, et pétillant de cette curiosité malsaine qu’il tentait de balayer en fermant les yeux un peu trop fort.
Parfois, lorsqu’elle était à bout de patience, il subissait. La lumière s’éteignait et il suppliait, il suppliait, il suppliait pour le salut qu’elle n’avait jamais évoqué. Parfois, il souffrait au point de ne pas vouloir revenir et en un instant, elle ravivait cette envie qu’elle avait elle-même créé. Et, la fois d’après, comme une punition de ne pas vraiment vouloir, c’était pire que la fois d’avant, comme pour faire rentrer de force le message au point de l’en rendre écœurant de naturel.

Comprenant, il se retenait - les dents serrés, silencieux, conscient des enjeux, du nécessaire pour sa liberté, pour que la douleur s’arrête, pour que la lame cesse de faire chanter l’écarlate.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mr B.
Mr B... Mr B... Mr B...

En y repensant, il ne savait pas vraiment. Son esprit avait déjà bien déraillé à l’époque. Il avait continué à l’appeler Mr B et ça n’avait pas semblé la déranger. Ou le déranger, au fond, il ne se souvenait pas vraiment, mais à présent qu’il s’était mis à l’appeler ainsi, et à le considérer de cette façon, Mr B lui apparaisait en tant que tel. Ce n’était sans doute qu’une illusion provoquée par sa folie mais il s’en moquait, et il se raccrochait à ces créations, à ces changements, à tout ce qui pouvait le faire sortir de cette répétition vicieuse.
Combien de temps les choses ont duré, il l’ignore et, persuadé que tout allait bien, littéralement persuadé, il ne s’en plaignait pas et restait parfait dans ses notes. Imperturbable, impassible, impossible à détruire, incapable de chanceler. Il supportait sans savoir que ce n’était pas assez, sans savoir que ça ne serait jamais assez parce que Mr B voulait toujours plus, allait toujours plus loin et s’amusait à faire de ce modèle ce qu’il espérait qu’il soit. Comme tout monstre, Mr B veut son trophée - un cheveu, un objet ou la moindre chose qui puisse le lier à ces créations. Mr B n’avait aucun doute, William était le meilleur, la plus belle réussite, le plus gros potentiel à encore exploiter. Mr B veut marquer le coup et il lui ordonne, il le persuade que c’est le meilleur ; il veut ce blanc, cette pureté, cette naïveté forcée par cette magie perverse. Il veut, alors William le fait, William teint ses cheveux et il le sait alors, il a perdu et il lui appartient à tout jamais.
Malgré ça, malgré tout ça, Mr B n’est pas satisfait, Mr B en veut davantage et veut le voir plus souvent. Qu’y pourrait William, alors qu’il sent sa peur disparaître, alors qu’il est persuadé que tout ira mieux ?
Teins tes ongles en noir, lui explique-t-il, ce monstre possessif, cet humain dégoûtant, désespérant qui prend un peu trop soin de ses élèves. Ce mauvais sort gardera le monstre éloigné. Alors, tous les jours, William le fait, il porte cette part de ténèbres sur ses ongles pour mieux les éloigner, pour le faire partir alors que, inlassablement, son ombre se projette sur le mur.
Tous les jours, tous les soirs et les matins lorsque la couleur s’est atténuée.

Une fois alors, le sort s’est dissipé après les examens, le stress écarté facilitant ses réflexions et William s’y rend, non pas pour obéir mais pour s’opposer à Mr B. Il vient, remonté, refusant d’obtempérer et à l’instant où son pied franchit le seuil de cette maison à moitié en ruines, la vérité le rattrape. Il ne peut pas gagner, il ne peut pas lutter, il ne peut vaincre cette persuasion qui lui semble être de son côté. Comme souvent, Mr B est là, comme souvent, Mr B impose sa sombre présence et paraît proche d’ordonner, à moitié agacé et impatient de voir ce que donnera la rébellion de ce petit oisillon qui ne saurait même pas voler.

“Écoute-moi, William” ordonne cette voix cavarneuse qui résonne tout autour.
“Non. Non, non, non. Plus maintenant. Plus jamais.”
“William. Descends dans la cave.”

La tentation est là, l’envie réelle, indiscutable. Il regarde ses doigts colorés d’ébène, preuve ultime de son immunité et il le défie, le regard droit, empreinte de son envie à lui, son envie naturelle sans savoir qu’il a depuis longtemps sombré dans une folie que cette magie a modelé.

William, William, William, William. L’ordre résonne, tellement puissant.
L’ordre résonne - comment pourrait-il s’y opposer ?
Comment songer à la seule liberté ?

“Je m’appelle Ragnar” articule-t-il à peine audiblement.

Alors, le sortilège se brise, par ce rejet de tout ; de ce prénom si beau et droit, au profit de la seule liberté de sa mère. Le sortilège se brise, ce dernier sortilège disparaît en même temps que toute l’emprise, l’espace d’un instant alors que Ragnar lâche ce briquet allumé sur un baril d’essence à moitié défoncé, libérant toute cette vieille maison dans une explosion de lumière.

La police retrouvera l’enfant peu après, évanoui à la lueur de l’incendie et concluera qu’il n’était coupable de rien. Il n’entendra plus jamais parler de Mr B, concentré sur son propre futur qui sera déclaré sans séquelles. Comment souffrir d’un mal quand on est persuadé que tout va pour le mieux ? Malgré ça, il n’échappa pas au diagnostique suivant : troubles obsessionnels compulsifs avec cette manie étrange de se teindre les ongles en noir avan de dormir et de recommencer le matin, une fois la couleur perdue à force de se gratter jusqu’au sang - et il recommençait, comme un rituel.
Mr. Stone n’eut pas le choix, cette fois : lorsqu’un traqueur - qu’il avait déjà mis à la porte une fois - revint, deux ans après la découverte du pouvoir de son fils, et étant donné l’état de ce dernier, il accepta de le confier au pensionnat Prismver, espérant qu’ils seraient plus compétents que l’académie Rainsworth.

“Le monstre existe. Il n’est pas en toi. Il n’est pas toi. Mais il t’attend, dans l’ombre il t’observe.”

En y repensant, Ragnar se dit que Mr. B savait. Depuis la première fois, lorsqu'il l'avait emmené dans sa cave pour prendre des photos, avant d’allumer la lumière, la silhouette de Ragnar avait changé et il avait compris. Ce monstre, ce n’était autre que lui, Ragnar, c'était sa magie, car il était comme lui, et tous deux étaient pareils ; et Ragnar changeait, chaque fois que la lumière s’éteignait et qu’il passait dans le noir. Depuis, Mr. B a toujours gardé une lumière tourné vers Ragnar. Depuis, il s’est assuré de garder le secret pour le contrôler.
En jetant ses affaires de photographie, Ragnar retrouva ce qu'il avait sauvé de l'incendie, et parmi ça, un petit bout de papier à moitié brûlé.




MEGAN BOYO
BOOGEY MAN

• Les ressentis du personnage concernant le secret des pouvoirs dévoilé dans le monde entier : C'est dangereux mais le monde l'est déjà.
• Avis sur la vice & le projet PUMA : Aucun avis. Il s'en tape.
• Est-il actif dans son groupe : Non.

• Filière : Arts visuels (Photographie).
• Ses 4 matières choisies : Astronomie, Informatique, Mathématiques, EPS.





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MessageSujet: Re: W. Ragnar Stone   Sam 12 Mai - 20:08


ÂGE 18 ans
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TRANSFORMATION EN BOOGEYMAN //

Quand la lumière s’éteint, vous pouvez apercevoir ses longues griffes en expansion de ses doigts squelettiques, comme une seule entité, ces rasoirs interminables qui menacent en se baladant au-dessus de votre tête. Vous ne le voyez jamais clairement, simplement l’ombre de sa silhouette projetée contre le mur ou son souffle rauque dans votre nuque alors que votre doigt frôle encore l’interrupteur. De panique, vous rallumez. Vous retournez.

Vous sursautez presque, soulagé de voir qu’il n’y a que ce garçon aux cheveux de neige qui vous dévisage, mais en même temps, vous ne comprenez pas. Quelque chose cloche. Vos dents se serrent de colère et vous voulez vous en prendre à ce gamin qui n’a pourtant rien fait, et dans une ultime expression de courage, vous éteignez de nouveau la lumière. Alors, il est revenu, attiré par les ténèbres et surtout incapable de vivre quand la lumière survient. Il vous toise de haut, cette silhouette fine et courbée d’au moins deux mètres dont les traits sont engloutis par les ombres. Il semble lui-même voilé par l’ombre, et le mieux que vous puissiez voir, ce sont ses gigantesques mains qui filent doucement vers vous.

Alors, comme n’importe qui, vous hurlez. Vous hurlez; et vos mains frappent l’interrupteur de panique, une fois, deux fois, merde, le revoilà, et une ultime fois, pour qu’enfin, ce garçon soit de nouveau face à vous.
“Tu vas bien ?” risque-t-il, bienveillant - mais c’est impossible, étant donné ce que vous venez de voir, et peut-être que vous n’irez plus jamais bien tant que la lumière sera éteinte.
“C’est toi, le monstre” articulez-vous dans un souffle, exténué par cet ascenceur émotionnel tandis que les rouages logiques se mettent en place, guidé par une courte réflexion et par ce réflexe si humain de rejeter la culpabilité du Mal de ce monde.
“Tu parles du Monstre. Oui, il me suit partout. Mais ne t’en fais pas, il ne m’a jamais fait de mal, il m’a juste rendu un peu fou. Voudrais-tu que je te le présente ?”

Effet : Quand le corps de Ragnar est dans le noir complet (et pas seulement de l'ombre, un noir assez sombre pour que l'on ne puisse pas voir dedans) il se transforme en boogeyman de façon automatique et instantanée. Étant donné cette condition si particulière d'activation, personne ne peut voir à quoi il ressemble et les gens ne peuvent distinguer que son ombre et sa silhouette.

Contrôle : Nul. Il ne peut ni se transformer à volonté ni refuser la transformation lorsqu'il est dans les ténèbres.

Contrecoups : Sous cette forme, il perd l'aptitude de la parole parce qu'il n'est pas habitué à la forme de sa mâchoire de monstre et lorsqu'il essaie, il éructe des sons plutôt effrayants. De plus, son cerveau est affecté : il perd la plupart de ses capacités de réflexion et ses sentiments sont mis de côté. Son esprit devient quasiment primitif.

Effets secondaires : Insomnies, paranoïa, etc. etc.
PHYSIQUE & CARACTÈRE // Quelle taille fait une araignée, Ragnar n’est pas certain de pouvoir le dire. Quel est la couleur du ciel, il prendra le temps de regarder, il lèvera toujours son regard morne pour apporter un temps de réflexion, lui qui semblait si intelligent, si préparé, si proche de la connaissance que tout père veut voir son enfant développer. On ne le comprend pas juste à son apparence atypique mais au travers de tout ce qu’il dégage - ce charisme étrange, ce regard un peu perdu et ces mains couvertes de cicatrices qu’il soigne pourtant si bien.
Comme beaucoup plus de jeunes que l’on pense, Ragnar est atteint de troubles obsessionnels compulsifs ; une pensée parasite s’est accrochée et le force à répéter un même chose en permanence, en permanence, en permanence… c’est comme un besoin nécessaire à sa respiration même, un besoin qui fait trembler ses mains et dérailler ses pensées lorsqu’elle n’est pas assouvie. C’est une drogue machinale, une part de lui et ça se lit à sa seule apparence qu’il n’est rien de plus qu’un jouet cassé au fil de son destin. Ragnar a les mains sales, couvertes de ces marques anciennes comme des sévisses profondes et malgré ça, il en prend tellement soin qu’il est impossible de s’imaginer qu’il se soit fait pareille blessure. Il colore ses ongles après les avoir parfaitement limé et les vérifie régulièrement comme une assurance contre tout problème.
Tout autour de lui semble tellement extravageant, irréel, comme un monde construit par des pensées nocives - tant et si bien qu’on ne peut détacher le vrai du faux. Son cerveau est prisonnier de cette tourmente interminable dont la sortie n’est pas même une option et il se demande, il se demande, chaque jour, ce qu’est sa propre réalité. Il caresse ses cheveux blancs pour vérifier leur consistance, s’arrache parfois une mèche pour en vérifier la couleur et être certain que tout a bien existé.
Ce ne sont pas des hallucinations.
Ce sont mes souvenirs et ça me fait tellement mal.
On a presque pitié, à force ; un garçon un peu frêle sur un mètre soixante-quinze de muscles légers, l’éducation sportive étant toute aussi obligatoire que son homonyme intellectuel. Quelques années de sport de défense pour se rendre imperméable à toute agression, durant lesquelles Ragnar ne brûlait pas par son génie - il est un peu au-dessus de la norme, et il est déconseillé aux combattants casu de lui chercher des noises. Au-delà de ça, il n’est pas vraiment impressionnant, bien au contraire. Une peau bien trop blanche, des yeux grisâtres à l’image de tout son corps - fade et exempte de ces couleurs synonymes de sentiments. Ragnar semble n’avoir presque jamais vu la lueur du jour, et pourtant, il prend soin de ne jamais quitter la lumière. Lorsque vous vous détendez, au milieu d’une fête ou avec des amis, lui demeure sur le qui-vive, imperturbable, et rien ne saurait l’écarter de ces pensées protectrices. Il garde toujours une lampe-torche sur lui quelles que soient les circonstances - avec son sac en bandoulière et son air piteux, on le pointe parfois du doigt, reconnait en lui le monstre ou le gamin paranoïaque. Ragnar s’en moque, bien trop enfermé dans sa bulle pour se rendre compte de ce que les moqueries représentent, de ce que ce monde lui reproche, de ce à côté de quoi il est passé. Il reste le même garçon qu’il a toujours été, travailleur mais bien plus relâché depuis que son père lui a fait comprendre qu’il n’était plus à la hauteur.
Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille papa, les cheveux blancs ou les ongles teintés ? Des puces, il en a vu tous les jours lui, dans cette petite pièce éclairée uniquement en son centre, murs sombres et si petite, des puces il en a écrasé, imaginé, il les a fuit, chassé, broyé entre ses doigts colorés et qui sait, peut-être pire que ça. On ne dirait pas, derrière cet air lunaire, qu’il a vécu tant de choses, après tout, tout allait si bien, il en était persuadé - mais cette magie suggestive s’atténue doucement, laissant paraître la douleur, la réalité de ces moments et la vérité telle qu’il l’avait vu et expérimenté. Il en garde sur le corps quelques cicatrices ci-et-là, pas de blessures irréversibles mais ce n’est pas pour autant qu’il ne les cache pas derrière des t-shirts un peu grands. Ragnar, il n’est pas forcément bon, pas nécessairement mauvais. C’était juste un gamin qui avait peur du noir et du monstre que les ombres recélaient. C’était un enfant qui, comme beaucoup, cherchait un peu de lui dans tout ce que son père lui avait dicté d’être. Ragnar n’est pas méchant mais sûrement dangereux - on ne sait jamais ce qu’il pense, s’il est même en mesure de le penser. Il semble toujours à cran, toujours méfiant, à l'affût d'un mal qu'il n'a pas vraiment éliminé et qui continue de le hanter indubitablement.
My Wonderland is shattered. It's dead to me.


Avant de devenir dingue, ça n’allait déjà pas fort pour William Ragnar Stone. Ce petit garçon n’avait pas demandé à naître dans une famille aisée, guidé par les ambitions d’un père pourtant absent. La vérité ne paraissait pas évidente pour un enfant mais William apprit la vérité un peu plus tard : il était une assurance, une roue de secours procréé en prévision du potentiel échec. Sa mère, une jeune étudiante qui était tombée folle amoureuse de ce riche quarantenaire, était assez naïve pour croire que ses sentiments purs atteignaient vraiment son partenaire.

Elle était une maîtresse mais elle s’en fichait. Elle devait rester invisible, dans le secret de sa propre existence pour ne pas ruiner celle de son amant, et elle n’en avait que faire. Tout lui convenait - et cette éducation stricte qu’il forçait sur cet enfant, la mère l’acceptait, comme un tribu, comme une réalité indubitable que ses caprices ne pourraient jamais changer. Tout lui convenait, alors au diable ce qui n’était pas correct, ce qu’on lui reprocherait, ce que chacun n’avait pas le courage de faire. Au diable le diable lui-même qui lui soufflait d’entièrement se donner, car elle le faisait déjà et elle s’accrochait de toutes ses forces à cet enfant pour lui transmettre sa propre identité, un peu d’elle, au milieu de ce qu’elle n’avait pas choisi de donner. Au début, lorsque l’éducation se poursuivait, aussi stricte que nonchalante, c’était sûrement le plus confortable pour cet enfant, mais lorsque un beau jour, alors qu’il n’avait que cinq ans, son père frappa à la porte.

C’était la première fois que William le rencontrait et il fut fasciné par la prestance de cet homme qui guidait toute son existence, et la leur d’une poigne de fer.
Pourtant, aujourd’hui, son père n’avait pas l’air content.

Lorsque William lui posa la question, un peu plus tard, il apprit de cette voix doucereuse, faussement douce, comme le crissement d’une lame, que son fils, son premier fils avait laissé tomber l’idée de l’héritage de la famille et qu’il ne lui restait que lui, William, que ce second enfant qu’il avait eu avec une autre femme au détour d’une envie, et qu’il acceptait de rendre héritier, car pour lui il avait tout abandonné ; il avait tout rompu, son mariage, mis fin à ses projets pour les rediriger vers ce gamin renfermé et un peu trop innocent. C’était la première fois qu’il le voyait, lui, le vrai, non pas ces professeurs sévères et impassibles qu’il pointait toujours du doigt en demandant à sa mère si “C’est lui, papa ?” alors que la réponse s’ancrait déjà dans sa tête, dans une certitude absolue. Quand il verrait son père, William le reconnaîtrait. Et William l’avait reconnu. Son père, lui aussi, le reconnaîtrait, et il l’avait reconnu, il l’avait désigné, il posait en lui ses attentes, son avenir, la certitude d’un héritier brillant car il n’avait certainement pas tout lâché sur un coup de tête, non, et il lui fallait comprendre, il lui fallait savoir ce qui avait ainsi fait perdre son fils aîné dans une mauvaise voie et l’avait ôté à ses devoirs. Il fallait lui ôter toute découverte et durant son enfance, William n’eut droit à aucun objet électronique, aucune distraction du même type que celles qui avaient détruit son aîné. William fut élevé parfaitement, élevé in vitro pour l’épurer de toute cette société tentatrice et ainsi éviter qu’il ne se noie dans toutes ces bêtises. Pour William, ce n’était pas vraiment dérangeant - on ne se plaint de son bonheur que lorsque l’on se rend compte qu’il y a mieux quelque part.

“Qu’est-ce que tu aimes ?” lui demanda son père, un jour - Mr. Stone avait suivi son fils de près, cette fois, et il était bien décidé à ne pas le laisser livré lui-même.
“Je ne sais pas trop. Il n'y a rien que j'aime vraiment particulièrement. Mais... il y a des choses que je n’aime pas. Des choses qui me font peur.”
“Comme quoi, par exemple ?” interrogea-t-il, presque véritablement soucieux.
“Du noir. Et du monstre sous mon lit.”

Quelque part, cette folie était peut-être héréditaire, après tout, quel genre de mère se soucierait assez peu de son enfant pour laisser son destin aux mains d’un homme cupide sans foi ? Mais elle, elle le voyait différemment. Pour un sourire, elle l’aurait laisssé tout faire, et cet enfant n’était jamais qu’un cadeau qu’il lui avait fait, la preuve de leur lien sur lequel il avait tout droit. Elle n’était qu’une étudiante rêveuse, charmée par la maturité d’un homme sans savoir toute la corruption qui s’y mêlait. Elle n’était qu’une enfant immature, sans parents, et elle avait toujours dû se débrouiller seule, surmonter les obstacles sans imaginer que l’un d’eux en viendrait à lui dicter la suite. Jamais, pas une fois elle ne se posa la question de savoir si les choses étaient bien ainsi et très vite, lorsque William fut candidat à l’héritage des Stone, les attentes de son père furent démultipliées.

Il n’était plus un remplaçant mais le titulaire légitime. Il n’était plus une assurance mais le personnage principal, la victime principale, la pâte à modeler - littéralement.
Ceux qui n’ont pas vécu dans un univers similaire ne peuvent sans doute pas comprendre le stress que tout cela incombe. William ne s’était jamais posé la question - il avait vaincu la peur de ce monstre et il travaillait chez lui, avec ces professeurs légèrement plus aimables comme s’ils avaient toujours su que William était capable de le faire, de surpasser son aîné. Les cours à domicile semblaient autrement plus appropriés à son niveau mais cette vérité changea lorsqu’il entra au collège en dernière année. Son père désirait l’habituer à l’atmosphère d’un milieu social pour l’année suivante mais il va sans dire que les cours proposés étaient déjà acquis par le jeune garçon. Bien loin de le conforter à l’idée de son entrée dans un lycée prestigieux l’an prochain, William se posa des questions. Le stress de la réussite le suivait partout, boule au ventre permanente et dévorant le calme qu’il s’efforçait de maintenir en même temps que des questions adolescentes. Il observait les autres avec un désir encore incompris, parfaitement conscient que son attirance pour les deux genres n’était pas courante.

Différent, bien trop effrayé à l’idée d’être pointé du doigt pour pouvoir souligner cette part de lui, il resta silencieux, solitaire, appréhendant le monde comme un gamin enfermé depuis toujours, un produit d’intelligence et de travail, un bébé élevé in vitro qui ne savait rien du monde. Il vit les téléphones, entendit les vulgarités, aperçut les amitiés. Pour lui, l’univers était une chose nouvelle mais son père n’en avait que faire, car pour Mr. Stone ce n’était pas le confort social mais la réussite qui l’importait, et l’argent pouvait bien acheter comme compenser tous ces doutes que William avait vis-à-vis des autres. Quelque part, cette folie était peut-être héréditaire, après tout, quel genre de père laisserait son enfant grandir ainsi, en proie aux doutes, dans un monde aussi cruel que tordu ?

L’académie Rainsworth était l’un des plus prestigieux établissements du pays. Il proposait le parcours scolaire du lycée de façon bien plus approfondi que dans des écoles normales et, pour ce faire, les bases demandées à l’arrivée étaient autrement plus élevées qu’en d’autres endroits. Pour beaucoup, c’était un passage très important avant la vie active et William le comprit très vite. Lorsqu’il commença les cours, il comprit que ce ne serait pas aussi facile qu’au collège ni qu’à domicile et il dût redoubler d’efforts. Sérieux et efficace, n’ayant jamais mis en doute cette politique de travail acharné, il était presque à l’aise avec son quotidien lorsqu’il revint.
Le Monstre, celui de son enfance.
Lorsque le noir survenait, lorsque la lumière s’éteignait, William voyait sa slhouette menacer au-dessus de lui, l’ombre reflété au-dessus de son lit. “Tu n’es plus un enfant” se disait-il, comme s’il n’avait plus le droit d’avoir peur et ce qui lui faisait plus peur encore, c’était le regard de son père si d’aventure il venait lui parler d’une chose aussi ridicule. Quand il y pense maintenant, William se dit qu’il y avait quelque chose, à l’époque, comme une explication à la fois rationnelle et à la fois totalement loufoque.
Une explication, maintenant embrumée par les souvenirs qui s’entassent et face à la situation actuelle, il intériorisait, il gardait tout ce malheur en lui et la salvation vint dans la découverte d’une passion que son père n’aurait pas approuvé si William ne l’avait pas convaincu avec ses résultats parfaits.

La photographie.

Très vite, elle occupa ses pensées et ses désirs en plus de ses mains avec ce polaroïd qu’il traînait partout, preuve unique de son autonomie. S’il appuyait sur le bouton, la photo s’imprimait ; de lui-même, il pouvait immortaliser les moindres moments, ses plus belles vues, ses souvenirs personnels. Sa vie se dessinait au rythme de ses prises, pas forcément bonnes, mais chaque option était bonne à prendre dans une école où la scolarité comptait plus que tout. Tout lui semble si simple, si réel avec cet appareil entre les mains, cette preuve indubitable, ce pouvoir immense et inarrêtable. William se sent revivre, se sent exister, William se sent être dans les cours de cette professeur et directrice du département.

Megan Boyo n’est pas la plus célèbre de tous, et d’ailleurs, elle est même plutôt discrète. Elle va même jusqu’à détester son propre nom et demande à ses élèves, et surtout à William, à vrai dire, de l’appeler « Mrs B ». Surtout à lui, parce que ce ne sont pas vraiment des cours : ils se font dans une petite salle située directement au-dessus de la chapelle reliée à l’école et les élèves font des activités de groupe. Comme William n’a pas d’amis et se retrouve souvent mis-à-l’écart, il discute avec l’enseignante de ce qu’il aime, de ce qu’il veut faire, de ce qu’il a toujours voulu faire. Leurs goûts sont similaires, complémentaires, mais Mrs. B semble ailleurs, comme amoureuse d’une beauté unique que William répugne à explorer. Lui ne veut que la découverte, la singularité ; William se moque des prix, de la réussite ou de son propre destin ; William veut simplement ressentir le présent et c’est avec ses photos qu’il y parvient.
Mrs B, elle, préfère les ambiances tiraillées et torturées, les expressions de douleur éphémères qu’elle créé de toute pièce. Mrs. B a des goûts singuliers, parfois effrayants et elle s’intéresse beaucoup à William parce qu’il semble prêt à exploser lorsqu’il est privé de son appareil et à nouveau en proie au stress.

Alors, Mrs B le voit, elle décide de le voir ; régulièrement. Ce n’est pas en classe, non, pas dans cette ambiance sérieuse et imposée, pas dans ce sanctuaire aux limites dessinées. Non, c’est chez elle, dans cette maison si poussiéreuse qu’elle en semble abandonnée, bien trop vieille et sombre pour une enseignante diplômée et ça l’avait dépité, ça avait attisé cette pitié qui le rend si faible et fébrile, en proie aux pires vices comme à cette naïveté qu’aucune connaissance ne saurait effacer. La première fois, Mrs B ne jouait que le rôle d’un professeur un peu conciliante, acceptant ce devoir en retard, persuadée que cette bonté lui apporterait une parfaite compensation et elle n’avait jamais été si proche de la vérité.
Car très vite, de professeur, Mrs B est passée à photographe.
Une photographe un peu trop obsédée par le modèle que William représentait.
C’est à ce moment que William comprend. Il comprend qui est Mrs B, il comprend ce qu’est Mrs B. Il comprend où il a mis les pieds, ce que cette enseignante va lui faire subir et surtout, qu’il ne comprendra plus grand chose dès qu’elle l’aura décidé. Il en est persuadé - et ce n’est pas par choix.

La suite, elle est sûrement difficile à comprendre pour des gens normaux. Encore plus difficile à comprendre que la difficulté de la situation de William, encore plus tordue car dans le cerveau d’un psychopathe ne demeurait que le désir intense et incompréhensible au sujet des autres qu’était son obsession.
William.
Son esprit est très vite bourré d’idées superposées, littéralement persuadé de vérités qu’il ne peut forcément comprendre mais qu’il sait réelles à présent que cette voix le lui répète. William revient ici, régulièrement, poussé par cette magie plus que par un désir réel de la revoir. William revient, sans vraiment le vouloir, subir le sévisse de cette rencontre nouvelle. Au début, Mrs B la faisait se tenir debout dans le salon pour qu’il rende compte de l’immensité de cet endroit délabré et au fil des jours, il connaissait le chemin de ce qui était qualifié comme leur endroit à eux. La cave, au milieu de laquelle était projetée une lumière au centre de laquelle il s’asseyait pour se voir habillé, maquillé, torturé, remodelé. Parfois en poupée, d’autres fois, ça n’avait rien à voir et William se souvient à peine de ces moments comme embrumés par la volonté d’oublier tout ça.

Il se souvient que tout était noir autour de lui, de ce noir qu’il détestait et dont il avait si peur ; il se souvient que cette lumière était la seule place libre de cet endroit sinistre. Sur les murs sombres, parfois, il distinguait la silhouette démesurée d’un insecte dont les mesures étaient déformées par les ombres ; milles-pattes, scarabées, araignées et il crut même voir passer quelques rats. Tant qu’il était dans la lumière, il s’en moquait. Tant qu’il n’avait pas à affronter le noir, ça lui était bien égal.
Le devoir en retard s’intitulait « Prendre la peur en flagrant d’élit » et c’était un projet personnel sans réelle notation. Dans tout ça, nul ne se doutait que William le ferait littéralement - qu’il prendrait cette griffe gigantesque, cette silhouette osseuse nouée dans le travail artistoique d’un jeu d’ombres parfait, cachant une terrifiante vérité. Pour pousser son contrôle, Mrs B insistait. Mrs B ancrait en lui cette vérité qui n’en était pas une, mais qui le devenait, comme toute chose, lorsque sa bouche intitulait ces mots enroulés dans une magie irrévocable.

« Le monstre existe. Il n’est pas en toi. Il n’est pas toi. Mais il t’attend, dans l’ombre il t’observe. »

Cette photo lui servait d’appui, de preuve, et s’ancrait comme la clé de voûte de toute une réflexion. Mrs B était là pour le protéger du monstre qui traînait dans les ombres, car il ne le laisserait jamais abîmer son précieux modèle. Mais William subissait, tout ce temps. William souffrait de ce qu’elle lui imposait, de ses conditions, de la réalité qu’elle dessinait.
Chaque jour était pire, nouveau, et pétillant de cette curiosité malsaine qu’il tentait de balayer en fermant les yeux un peu trop fort.
Parfois, lorsqu’elle était à bout de patience, il subissait. La lumière s’éteignait et il suppliait, il suppliait, il suppliait pour le salut qu’elle n’avait jamais évoqué. Parfois, il souffrait au point de ne pas vouloir revenir et en un instant, elle ravivait cette envie qu’elle avait elle-même créé. Et, la fois d’après, comme une punition de ne pas vraiment vouloir, c’était pire que la fois d’avant, comme pour faire rentrer de force le message au point de l’en rendre écœurant de naturel.

Comprenant, il se retenait - les dents serrés, silencieux, conscient des enjeux, du nécessaire pour sa liberté, pour que la douleur s’arrête, pour que la lame cesse de faire chanter l’écarlate.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mrs B.
Mr B.
Mr B... Mr B... Mr B...

En y repensant, il ne savait pas vraiment. Son esprit avait déjà bien déraillé à l’époque. Il avait continué à l’appeler Mr B et ça n’avait pas semblé la déranger. Ou le déranger, au fond, il ne se souvenait pas vraiment, mais à présent qu’il s’était mis à l’appeler ainsi, et à le considérer de cette façon, Mr B lui apparaisait en tant que tel. Ce n’était sans doute qu’une illusion provoquée par sa folie mais il s’en moquait, et il se raccrochait à ces créations, à ces changements, à tout ce qui pouvait le faire sortir de cette répétition vicieuse.
Combien de temps les choses ont duré, il l’ignore et, persuadé que tout allait bien, littéralement persuadé, il ne s’en plaignait pas et restait parfait dans ses notes. Imperturbable, impassible, impossible à détruire, incapable de chanceler. Il supportait sans savoir que ce n’était pas assez, sans savoir que ça ne serait jamais assez parce que Mr B voulait toujours plus, allait toujours plus loin et s’amusait à faire de ce modèle ce qu’il espérait qu’il soit. Comme tout monstre, Mr B veut son trophée - un cheveu, un objet ou la moindre chose qui puisse le lier à ces créations. Mr B n’avait aucun doute, William était le meilleur, la plus belle réussite, le plus gros potentiel à encore exploiter. Mr B veut marquer le coup et il lui ordonne, il le persuade que c’est le meilleur ; il veut ce blanc, cette pureté, cette naïveté forcée par cette magie perverse. Il veut, alors William le fait, William teint ses cheveux et il le sait alors, il a perdu et il lui appartient à tout jamais.
Malgré ça, malgré tout ça, Mr B n’est pas satisfait, Mr B en veut davantage et veut le voir plus souvent. Qu’y pourrait William, alors qu’il sent sa peur disparaître, alors qu’il est persuadé que tout ira mieux ?
Teins tes ongles en noir, lui explique-t-il, ce monstre possessif, cet humain dégoûtant, désespérant qui prend un peu trop soin de ses élèves. Ce mauvais sort gardera le monstre éloigné. Alors, tous les jours, William le fait, il porte cette part de ténèbres sur ses ongles pour mieux les éloigner, pour le faire partir alors que, inlassablement, son ombre se projette sur le mur.
Tous les jours, tous les soirs et les matins lorsque la couleur s’est atténuée.

Une fois alors, le sort s’est dissipé après les examens, le stress écarté facilitant ses réflexions et William s’y rend, non pas pour obéir mais pour s’opposer à Mr B. Il vient, remonté, refusant d’obtempérer et à l’instant où son pied franchit le seuil de cette maison à moitié en ruines, la vérité le rattrape. Il ne peut pas gagner, il ne peut pas lutter, il ne peut vaincre cette persuasion qui lui semble être de son côté. Comme souvent, Mr B est là, comme souvent, Mr B impose sa sombre présence et paraît proche d’ordonner, à moitié agacé et impatient de voir ce que donnera la rébellion de ce petit oisillon qui ne saurait même pas voler.

“Écoute-moi, William” ordonne cette voix cavarneuse qui résonne tout autour.
“Non. Non, non, non. Plus maintenant. Plus jamais.”
“William. Descends dans la cave.”

La tentation est là, l’envie réelle, indiscutable. Il regarde ses doigts colorés d’ébène, preuve ultime de son immunité et il le défie, le regard droit, empreinte de son envie à lui, son envie naturelle sans savoir qu’il a depuis longtemps sombré dans une folie que cette magie a modelé.

William, William, William, William. L’ordre résonne, tellement puissant.
L’ordre résonne - comment pourrait-il s’y opposer ?
Comment songer à la seule liberté ?

“Je m’appelle Ragnar” articule-t-il à peine audiblement.

Alors, le sortilège se brise, par ce rejet de tout ; de ce prénom si beau et droit, au profit de la seule liberté de sa mère. Le sortilège se brise, ce dernier sortilège disparaît en même temps que toute l’emprise, l’espace d’un instant alors que Ragnar lâche ce briquet allumé sur un baril d’essence à moitié défoncé, libérant toute cette vieille maison dans une explosion de lumière.

La police retrouvera l’enfant peu après, évanoui à la lueur de l’incendie et concluera qu’il n’était coupable de rien. Il n’entendra plus jamais parler de Mr B, concentré sur son propre futur qui sera déclaré sans séquelles. Comment souffrir d’un mal quand on est persuadé que tout va pour le mieux ? Malgré ça, il n’échappa pas au diagnostique suivant : troubles obsessionnels compulsifs avec cette manie étrange de se teindre les ongles en noir avant de dormir et de recommencer le matin, une fois la couleur perdue à force de se gratter jusqu’au sang - et il recommençait, comme un rituel.
Mr. Stone n’eut pas le choix, cette fois : lorsqu’un traqueur - qu’il avait déjà mis à la porte une fois - revint, deux ans après la découverte du pouvoir de son fils, et étant donné l’état de ce dernier, il accepta de le confier au pensionnat Prismver, espérant qu’ils seraient plus compétents que l’académie Rainsworth.

“Le monstre existe. Il n’est pas en toi. Il n’est pas toi. Mais il t’attend, dans l’ombre il t’observe.”

En y repensant, Ragnar se dit que Mr. B savait. Depuis la première fois, lorsqu'il l'avait emmené dans sa cave pour prendre des photos, avant d’allumer la lumière, la silhouette de Ragnar avait changé et il avait compris. Ce monstre, ce n’était autre que lui, Ragnar, c'était sa magie, car il était comme lui, et tous deux étaient pareils ; et Ragnar changeait, chaque fois que la lumière s’éteignait et qu’il passait dans le noir. Depuis, Mr. B a toujours gardé une lumière tourné vers Ragnar. Depuis, il s’est assuré de garder le secret pour le contrôler.
En jetant ses affaires de photographie, Ragnar retrouva ce qu'il avait sauvé de l'incendie, et parmi ça, un petit bout de papier à moitié brûlé.




MEGAN BOYO
BOOGEY MAN

• Les ressentis du personnage concernant le secret des pouvoirs dévoilé dans le monde entier : C'est dangereux mais le monde l'est déjà.
• Et ceux concernant l'explosion au Pensionnat par des non-mages : C'est tragique, et il se promet d'éviter les endroits publics et/ou trop chargés depuis lors.
• L'avis du personnage au sujet de Mrs Staunton ; du nouvel élève surnommé le Leader : Pas d'avis sur Staunton, son projet ne l'intéresse pas. En revanche, il n'est pas en désaccord avec le Leader car il sent venir le futur apocalyptique dont il a l'impression d'être l'image-même.
• Est-il actif dans son groupe : Non.

• Filière : Arts visuels (Photographie).
• Ses 4 matières choisies : Astronomie, Informatique, Mathématiques, EPS.


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